Cayenne, avril 2026. Le chikungunya fait son retour en Guyane, dix ans après la dernière grande épidémie. Face à une circulation active du virus depuis janvier, les autorités sanitaires affinent leur stratégie. Dans un avis publié le 9 avril, la Haute Autorité de santé (HAS) recommande une vaccination ciblée des populations les plus vulnérables, tout en appelant à la prudence.
Le virus du chikungunya (CHIKV) circule désormais de manière diffuse en Guyane. Les premiers cas autochtones ont été confirmés fin janvier 2026, avec une propagation principalement sur le littoral ouest, mais sans zone unique de concentration.
Les données montrent déjà des signaux préoccupants :
La pression régionale renforce les inquiétudes : le virus circule activement dans des pays voisins comme le Brésil, le Suriname ou le Guyana, augmentant le risque d’importation.
La Guyane reste vulnérable. Dix ans après l’épidémie de 2014-2015, la séroprévalence est estimée à seulement 16 %, bien en dessous du seuil nécessaire pour une protection collective .
Lors de cette dernière épidémie :
Les données montrent que les formes graves concernent surtout :
Au-delà de la phase aiguë, le chikungunya peut laisser des séquelles durables. L’avis de la HAS souligne un point clé :
Un impact sanitaire lourd, souvent invisible, mais bien réel pour les patients.
Dans ce contexte, la HAS recommande de privilégier le vaccin Vimkunya pour :
Objectif : protéger en priorité ceux qui risquent les formes graves.
Cette stratégie repose sur plusieurs constats :
Le vaccin Vimkunya présente un profil de sécurité jugé rassurant à ce stade, sans signal majeur identifié en pharmacovigilance.
Mais il a ses limites :
Il peut toutefois être proposé plus largement selon le niveau d’exposition.
Le vaccin Ixchiq, quant à lui, suscite davantage de réserves.
La HAS maintient :
Des cas d’encéphalites et même de méningites aseptiques ont été signalés, y compris chez des personnes jeunes sans comorbidité .
Résultat : son utilisation reste limitée aux 18–64 ans, et uniquement après évaluation individuelle.
Au-delà des aspects médicaux, la HAS souligne des obstacles majeurs à la mise en œuvre de la vaccination en Guyane :
Autant de facteurs qui pourraient freiner la campagne vaccinale.
La vaccination ne remplace pas les gestes de prévention. Les autorités insistent :
La HAS rappelle que la vaccination est un outil complémentaire, dans une stratégie globale de lutte antivectorielle.
La stratégie actuelle pourrait rapidement évoluer. La HAS précise que ses recommandations seront ajustées en fonction :
La Guyane entre dans une phase de vigilance accrue face au chikungunya. Entre incertitudes scientifiques, contraintes locales et urgence sanitaire, les autorités avancent avec prudence.
Un mot d’ordre domine : protéger les plus fragiles sans relâcher les autres moyens de lutte.