Accusé d’avoir exercé avec un faux diplôme, publiquement discrédité, licencié sans indemnité et jeté en pâture à l’opinion, le Dr Huidi Tchero vient d’obtenir une décision qui change radicalement la lecture de son affaire. Le 11 février 2026, le tribunal administratif de Saint-Martin a suspendu l’arrêté ministériel lui interdisant d’exercer la médecine en France. Une décision lourde de sens, qui réhabilite aujourd’hui son honneur mis à mal.
Chirurgien orthopédiste au Centre hospitalier Louis-Constant-Fleming depuis 2013, le Dr Tchero avait construit sa carrière à Saint-Martin dans un service exigeant, au contact quotidien des urgences traumatiques et des interventions complexes.
Inscrit au tableau de l’Ordre des médecins de Guadeloupe depuis le 5 mai 2013, il avait obtenu son autorisation d’exercer après avoir réussi les épreuves anonymes de vérification des connaissances — un passage obligatoire pour tout praticien diplômé hors Union européenne.
Pendant plus d’une décennie, aucune remise en cause officielle de ses qualifications n’avait été formulée.
Tout bascule à l’automne 2025. Une lettre émanant du doyen de l’Université Gamal-Abdel-Nasser de Conakry affirme que son diplôme d’études spécialisées (DES) en chirurgie générale, option orthopédie-traumatologie, ne pourrait être authentique, le diplôme n’ayant été formellement créé que récemment.
Sur la base de ce seul document, un arrêté ministériel du 24 novembre 2025 lui interdit d’exercer en France. L’Agence régionale de santé le suspend. L’hôpital le licencie sans indemnité. L’affaire devient publique. Les accusations se multiplient. Les commentaires se durcissent. La présomption d’innocence semble balayée.
Face à cette tempête, le chirurgien ne varie pas dans sa ligne de défense. Il produit un autre document officiel des autorités guinéennes indiquant que le certificat d’études spécialisées (CES) qu’il a obtenu est strictement équivalent au DES contesté, tant sur le plan académique que sur le contenu de la formation.
Il rappelle également que ses compétences ont été reconnues, notamment par des experts missionnés par le conseil interrégional de l’Ordre des médecins.
Lorsque le tribunal administratif examine sa requête en référé le 4 février 2026, un élément surprend : le ministère de la Santé ne dépose aucun mémoire en défense et n’est ni présent ni représenté à l’audience.
Dans son ordonnance du 11 février, le juge constate que l’interdiction d’exercer reposait sur un unique élément non contradictoirement débattu. Il suspend l’arrêté ministériel.
Cette suspension ne clôt pas définitivement la procédure judiciaire. Mais elle marque un tournant essentiel : la justice administrative reconnaît qu’un doute sérieux pèse sur la légalité de la décision qui a brisé sa carrière.
Pour le Dr Tchero, cette ordonnance représente bien plus qu’une victoire procédurale. Elle vient restaurer une part de son honneur, après des mois d’exposition médiatique et de soupçons.
Toujours licencié du Centre hospitalier Louis-Constant-Fleming, il n’a pas encore retrouvé son poste. L’enquête judiciaire suit son cours. Mais une chose est désormais actée : la condamnation publique était prématurée.
Cette affaire pose une question fondamentale : comment un praticien ayant exercé treize ans dans un établissement public, validé par les autorités ordinales et administratives françaises, a-t-il pu être disqualifié du jour au lendemain sur la base d’un seul courrier ?
Au-delà du cas individuel, c’est la responsabilité des institutions et le respect du contradictoire qui sont interrogés.
Aujourd’hui, la justice a rappelé un principe essentiel : nul ne peut être privé du droit d’exercer sans que les faits soient solidement établis et contradictoirement examinés.
Pour le Dr Tchero, le combat judiciaire n’est peut-être pas terminé. Mais son honneur, lui, vient de retrouver une assise que certains avaient trop vite voulu lui retirer.